vendredi 29 avril 2016

1er mai pour le droit des travailleurs incarcérés


A l'occasion du 1er mai, le Genepi vous invite à manifester à ses côtés pour dénoncer l'absence totale de droit du travail au sein des établissements pénitentiaires français. Parce que le travail carcéral reste un des grands oubliés du droit du travail, nous nous joindrons au cortège de la fête du travail afin d'informer et sensibiliser sur cet état de fait.

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ETAT DES LIEUX DU TRAVAIL EN PRISON
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En effet, les travailleurs détenus ne disposent pas d'un contrat de travail mais d'un simple contrat d'engagement qui n'est pas régi par le droit du travail. Ainsi, l'ensemble des garanties et protections dont bénéficient les salariés de l'extérieur leur est dénié : le taux horaire minimal du SMIC ne s'applique pas, il n'y a ni médecine du travail, ni arrêt maladie. Les personnes détenues sont susceptibles du jour au lendemain de perdre leur poste, sans aucun encadrement. Aucune forme d'indemnité chômage n'existe. La représentation syndicale est interdite.

A titre d'exemple, la rémunération mensuelle moyenne oscille entre 20 et 40% du SMIC. Une personne détenue écrivait au mois de février au Genepi : "Je travaille désormais comme comptable à la buanderie, je gagne 300 euros par mois, c'est une réelle fortune ici".

Les entreprises employant des personnes incarcérées dans les ateliers des prisons développent souvent un discours mettant en avant leur "responsabilité sociétale" et leur "engagement pour la réinsertion". La réalité est autre : il s'agit d'exploitation à très faible coût d'une main d'œuvre encore plus contrainte qu'à l'extérieur d'accepter toute proposition d'emploi, si indigne soit-elle.

Pour l'administration pénitentiaire, le travail devient lui-même un outil de gestion de la détention. Alors que l'offre d'emplois est largement inférieure à la demande, la possibilité de travailler est largement instrumentalisée, tant sous forme de carotte que sous forme de bâton. Ici, l'on récompensera le bon comportement d'un détenu par la possibilité d'amasser un peu d'argent afin de subvenir à ses besoins en détention. Là, on utilisera à son profit la rareté du travail carcéral afin de faire pression sur les détenus et les faire rentrer dans le vent.

En somme, le travail incarcéré nie tous les principes du droit social, et ne constitue pas un outil de réinsertion, mais de domination sociale.

Alors préparez vos pancartes, mettez de bonnes chaussures de marche et venez avec nous fouler les pavés  pour revendiquer l'application du droit du travail en détention.

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LE GENEPI
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Le Genepi est une association estudiantine qui souhaite favoriser le décloisonnement des institutions carcérales par la circulation des savoirs entre les personnes enfermées, ses bénévoles et la société civile. Cet engagement va de pair avec une conscience militante des enjeux politiques liés aux différents lieux d'enfermement. Chaque année, 1 200 bénévoles du Genepi écartent les barreaux de la prison pour recréer un lien entre la société et les personnes incarcérées.

Plus d'informations sur : www.genepi.fr
Contacts : communication@genepi.fr

vendredi 22 avril 2016

Arrestations d'enfants : violence systématique en Palestine

La Plateforme Palestine, l’Action des chrétiens pour l’abolition de la torture (Acat), l’Association France Palestine Solidarité (AFPS) et la Ligue des droits de l’Homme (LDH) publient un article sur le Club de Mediapart : « Arrestations d'enfants : violence systématique en Palestine » accompagné d’un témoignage vidéo de Nasseem, 14 ans, arrêté en octobre 2015 par l’armée israélienne.

Arrestations d'enfants : violence systématique en Palestine


Le 13 mai, cinq ONG œuvrant pour le respect des droits de l'Homme publient le rapport « Enfances brisées : les mineurs palestiniens dans le viseur de la répression israélienne ». 
À cette occasion, nous sommes allés à la rencontre de ces enfants qui, malgré leur jeune âge, subissent les abus d'un système de détention militaire arbitraire.                 



Nasseem from plateforme palestine on Vimeo.
Nassem a été arrêté par l'armée israélienne à l'âge de 14 ans @Anna Demontis / Plateforme des ONG françaises pour la Palestine


« J'ai peur qu'ils m'arrêtent une nouvelle fois. Quand l'armée israélienne a quelqu'un dans le viseur, elle ne le laisse pas tranquille. » Du haut de ses 14 ans, Nasseem a le regard de ces enfants qui en ont déjà trop vécu. Sa vie a changé le 6 octobre 2015, lorsque des militaires israéliens ont fait irruption chez lui pour l'arrêter en pleine nuit. Sans même lui laisser le temps de mettre son pantalon, les soldats l'emmènent, lui et son frère Youssef.

C'est dans la maison de sa mère, située dans le camp de réfugiés d'Al-Aroub, au sud d'Hébron (Cisjordanie), que nous retrouvons le garçon. Son air apeuré et anxieux contraste avec son visage rond, presque poupon, qui nous laisse croire que s'il entre dans l'adolescence, Nasseem est encore un enfant. Entre début octobre et fin décembre 2015, il sont plus de 2660 à avoir été arrêtés par l'armée israélienne. Le plus souvent violemment. Les soldats, qui débarquent dans les maisons en groupe et cagoulés, n'hésitent pas à user de bousculades, gifles, coups et menaces sur le mineur ou les membres de sa famille.

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Détention des mineurs palestiniens : 5 associations interpellent l'ONU


Début mai, Israël sera examiné par le Comité contre la Torture des Nations unies (CAT), qui contrôle l’application de la Convention contre la torture par ses États parties. À cet égard, la Plateforme des ONG françaises pour la Palestine, l’Action des Chrétiens pour l’Abolition de la torture (ACAT), la Ligue des droits de l’Homme (LDH), l’Association France Palestine Solidarité (AFPS) et le Yes Theatre, avec le soutien d’Addameer, Defense for Children International Palestine et La Voix de l’Enfant, ont soumis un rapport alternatif au Comité. Ce rapport souligne les violations des droits de l’Homme, et en particulier de la Convention des Nations unies contre la torture, commises par Israël à l’égard des mineurs palestiniens arrêtés et détenus. Il s’inscrit dans la campagne sur les prisonniers palestiniens initiée par le groupe de travail "droits de l'Homme" de la Plateforme Palestine (constitué de l'ACAT, l'AFPS, la LDH), dont le documentaire « Palestine : la case prison », soutenu par Amnesty International, fait partie.

Le rapport sortira le 13 mai 2016, date à laquelle le CAT publiera ses recommandations à l’État d’Israël. 





mardi 19 avril 2016

Linky le compteur d'éléctricité qui renseigne sur notre vie privée

Communiqué LDH
Paris, le 19 avril 2016

Linky : un compteur communicant qui en dit beaucoup sur notre vie privée

Pour mettre en œuvre une directive européenne relative à l'efficacité énergétique dans l’Union, la France a décidé, en 2012, de procéder au remplacement de tous les compteurs électriques par de nouveaux compteurs joliment appelés « Linky », capables de communiquer directement à une centrale EDF, sans l’intervention de son personnel. Ce n’est pas là sa seule fonction, il permettra aussi d’adapter le contrat, autorisera la mise en service ou la coupure à distance et le client pourra surveiller sa consommation en KW en se connectant sur un site dédié et non directement sur le compteur...

Alors pourquoi tant d’usagers farouchement opposés, tant de communes (plus de quatre-vingt-dix à ce jour) prennent des arrêtés s’opposant à ce déploiement ?


C’est que Linky est très bavard : les informations qu’il collecte constituent une intrusion dans la vie privée de soixante-six millions d’habitants, car le transfert des données détaillées sur la consommation d’énergie (par exemple toutes les dix minutes) permet notamment d’identifier les heures de lever et de coucher, les heures ou périodes d’absence, ou encore, sous certaines conditions, le volume d’eau chaude consommée par jour, le nombre de personnes présentes dans le logement, etc. Au point que la Cnil a travaillé sur un « Pack de conformité » et préconisé qu’EDF obtienne de l’usager son consentement pour le transfert de ses données. Or de ce consentement il n’est absolument pas question dans les courriers envoyés par ERDF annonçant le remplacement des compteurs.


Par ailleurs, ce transfert de données constitue une modification substantielle du contrat signé à l’origine pour la fourniture d’électricité, mais cette modification n’est en aucun cas évoquée.
Il est donc pour le moins surprenant qu’ERDF procède avec une telle brutalité au changement des compteurs chez des usagers, malgré leur opposition, et que les responsables invoquent uniquement les économies et la facilité d’utilisation.

La LDH a demandé à la Cnil de vérifier le respect par EDF du Pack de conformité. Elle regrette enfin que, plutôt que de recourir aux arguments d’autorité, il n’ait pas été procédé aux expertises scientifiques nécessaires afin de répondre aux craintes qui ont pu être exprimées.

En attendant que ces expertises aient lieu et que la Cnil ait rempli sa mission, la LDH demande un moratoire sur le déploiement actuel.

Plusieurs maires dans le racisme et le rejet anti-Rom !


COMMUNIQUE DE PRESSE                             
Paris, le 19 avril 2016

Surenchère de plusieurs maires dans le racisme et le rejet anti-Rom !



Le Collectif National Droits de l’Homme Romeurope condamne sévèrement l’attitude du maire de Cogolin (Var) qui, dans une vidéo publiée sur son compte Facebook, se vante d’avoir mis à la rue plusieurs dizaines d’adultes et d’enfants de nationalité roumaine, qu’il désigne comme « Roms », vivant dans des conditions d’extrême précarité dans sa commune. Ses propos racistes et la satisfaction qu’il semble éprouver à aggraver la situation de précarité de ces personnes nous choquent et témoignent d’un traitement d’une violence inacceptable.


Les actes et propos haineux proférés par certains maires envers les habitants des squats et des bidonvilles originaires d’Europe de l’Est sont nombreux, et dépassent les frontières du Var. Ces maires insistent sur l’appartenance ethnique, réelle ou supposée, de ces personnes à la « communauté rom » dans le seul but d’alimenter et de renforcer des préjugés et une forte stigmatisation à leur égard. Cette mise en scène du rejet assumé de personnes en extrême précarité rejoint le florilège de propos et actes stigmatisants de la part d’élus locaux.

Ainsi après avoir lancé une pétition[1] pour expulser les habitants du bidonville installé dans sa commune, le Maire de Wissous (Essonne) s’est lui aussi vanté récemment[2] de sa détermination et sa rapidité pour les expulser de sa ville. Ces personnes, victimes d’une situation de mal-logement extrême qu’elles n’ont pas choisi, sont seulement vues comme des troubles à la tranquillité. Faire payer aux personnes expulsées et à leurs soutiens associatifs la facture de l’évacuation des déchets suite à l’expulsion est l’objectif cynique du maire. Rappelons ici qu’il revient aux collectivités territoriales d’organiser le ramassage de déchet et l’accès à l’eau et aux sanitaires sur les bidonvilles.

Dans un édito[3] à destination des habitants du 6ème arrondissement de Paris, le maire Jean-Pierre LECOQ regrette quant à lui l’abandon « du délit de vagabondage » et affirme que « la plupart des Roms appartiennent à des réseaux mafieux ».
Il y a deux jours, le maire de Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis) a pris un arrêté municipal[4] anti-stationnement pour éviter que des Roumains sans-abri vivant dans des voitures continuent de se garer dans les rues de sa ville. Encore une fois, la priorité a été de mettre à distance ces personnes indésirables sans élaborer aucune solution alternative pour ces adultes et ces enfants vivant à la rue.

Nous ne pouvons accepter ces paroles et actes d’élus qui enfoncent les habitants des squats et des bidonvilles – Roms ou non – dans une précarité  et une stigmatisation toujours plus grande. Ils visent aussi à légitimer tous les actes discriminatoires à leur égard en occultant le fait que ces personnes, qu’elles soient à la rue, en bidonvilles ou en squats, Roms ou non, ont des droits fondamentaux qui se doivent d’être respectés. Nous appelons le gouvernement à condamner fermement les propos anti-Roms et à les combattre efficacement, tout particulièrement lorsqu’ils sont tenus par des personnes publiques.

vendredi 15 avril 2016

Expulsions forcées des Roms : lettre ouverte de la présidente de la LdH au ministre de l'intérieur

Monsieur le Ministre,



Nous vous remercions de votre réponse du 15 mars à notre lettre ouverte attirant votre attention sur le nombre particulièrement élevé de personnes roms, ou désignées comme telles, expulsées de leurs bidonvilles durant les trois premiers mois de l’année.

Nous devons vous dire que certaines des informations que vous nous communiquez méritent d’être corrigées afin que la réalité des faits et du droit soit respectée. Nous nous permettons donc de les reprendre ci-dessous.

- Vous affirmez qu’« Exceptionnellement, ces évacuations sont réalisées sur le fondement de décisions administratives… ». Parmi les 25 expulsions réalisées durant le premier trimestre 2016, la majorité, 14, a été la conséquence d’une décision administrative. Seules 11 ont été fondées sur une décision du tribunal de première Instance. Il est donc faux de dire que ces décisions sont « exceptionnelles ».

- Vous affirmez que « Ces opérations […] comportent un diagnostic social préalable conduit systématiquement, en application de la circulaire du 26 août 2012 » : Ces diagnostics ne sont pas du tout « systématiques », car sur les 25 expulsions réalisées durant le 1er trimestre 2016, seules 13 ont donné lieu à des solutions de relogement partielles et 12 ont été menées sans aucun diagnostic préalable. De plus, il faut ici se référer aux témoignages des acteurs de terrain et des opérateurs qui sont désignés pour mener ces diagnostics et qui tous indiquent la faiblesse des diagnostics posés, la rapidité avec laquelle ils sont menés et les conclusions souvent hâtives et inadaptées qui en sont tirées. Les solutions d’hébergement proposées se résument dans leur très grande majorité à quelques nuitées dans des hôtels éloignés qui sont inadaptés à l’hébergement des familles. C’est la raison principale pour laquelle ces solutions sont déclinées par les personnes concernées, car elles savent d’expérience qu’elles se retrouveront de fait à la rue quelques jours plus tard. Les conséquences de ces manquements ont été rappelées par le Défenseur des droits notamment lors de l’expulsion du bidonville des « Samaritains », le 27 août 2015, à La Courneuve, quand il soulignait « que faute d’un accompagnement social, sanitaire et scolaire conforme aux exigences de la circulaire 26 aout 2012, et de solutions pérennes d’hébergement, la mise à la rue de familles, et notamment d’enfants en bas âge, peut caractériser un traitement inhumain et dégradant engageant la responsabilité de l’État, ainsi que l’a récemment rappelé la Cour européenne des droits de l’Homme (arrêt V.M c/Belgique du 7 juillet 2015) ».

- Vous affirmez que « Ces opérations visent à faire respecter le droit de propriété ». Or, sur les 25 expulsions réalisées durant le premier trimestre 2016, 17 ont été effectuées sur des propriétés « publiques » et non privées, et de plus 2 seulement étaient justifiées par le développement d’un projet. L’occupation soi-disant « illicite » de propriétés publiques inutilisées mettrait-elle en danger le droit constitutionnel de la «propriété » pour justifier une expulsion sans relogement en plein hiver ?

- Vous dites : « Je m’étonne que l’on puisse […] plaider pour le maintien de bidonvilles ou campements de fortune qui ne peuvent constituer, à mes yeux, un idéal humanitaire ». Il est regrettable, si ce n’est machiavélique, d’accuser ceux qui demandent la suspension des expulsions de vouloir maintenir les bidonvilles : c’est au contraire pour prendre le temps indispensable à une réelle insertion des personnes qui y résident et donc à la résorption définitive des bidonvilles que nous plaidons. Tous les opérateurs et les acteurs de terrain reconnaissent qu’il faut du temps pour atteindre cet objectif.

- Ce temps doit être trouvé par tous les moyens, y compris par une stabilisation temporaire des lieux de vie, sécurisés de telle manière à les rendre le moins insalubre possible. Ceci est l’inverse de la politique d’expulsions systématiques qui ne fait que déplacer et prolonger l’existence de ces lieux insalubres. D’ailleurs, la « stratégie régionale pour les campements illicites en Ile-de-France » impulsée par le préfet de région et que vous mentionnez dans votre courrier, met en priorité n°1 : « Sécuriser les conditions de vie dans les campements » par le fait de « Garantir des conditions d’hygiène minimales sur les campements par contractualisation […] Garantir l’accès aux soins et la prise en charge des plus vulnérables… Favoriser la scolarisation et l’assiduité scolaire des enfants et adolescents ».

- Vous affirmez « Comme je l’ai indiqué dans mon courrier au Commissaire aux droits de l’Homme du Conseil de l’Europe le 12 février dernier, une attention toute particulière est portée aux enfants et à leur scolarisation. » Ceci est faux. Sur les 3 683 personnes expulsées durant le premier trimestre 2016, comptant un tiers d’enfants, soit environ 1 200 enfants, la scolarisation n’a été prise en compte qu’une seule fois à Lyon concernant une centaine d’enfants.

- Vous affirmez « Je m’étonne que l’on puisse ainsi qualifier de « politique inhumaine, indigne et inutile » le fait, pour l’Etat, de faire respecter des décisions de justice ». En fait, l’État ne respecte pas toujours les décisions de justice. En effet, l’expulsion du bidonville des « Poissonniers », dans le 18e arrondissement de Paris, était illégale, car le jugement du juge de l’Exécution avait été rendu le 27 janvier accordant un délai d’occupation aux habitants jusqu’au 15 juin 2016 (lors de l’audience du 6 janvier 2016). Ce délai était accordé pour permettre une « prise en charge médicale des familles », des cas de tuberculoses ayant été découverts dans le bidonville. Le jugement précisait que la préfecture de Paris serait immédiatement informée. Le 3 février les habitants du bidonville des « Poissonniers » ont malgré tout été expulsés. À propos du bidonville des « Poissonniers », vous affirmez que « Le démantèlement du campement sauvage qui s’était installé sur l’ancienne voie de la petite ceinture dans le 18e arrondissement de Paris s’est ainsi réalisé avec la proposition de 170 hébergements, dont 80 seulement ont été acceptés par les occupants ». En réalité, aucune famille n’a été relogée dans Paris et on n’a tenu aucun compte de la scolarisation des enfants dans les écoles du 18e arrondissement de Paris. Les familles ont été dispersées dans toute l’Ile-de-France.

- Vous affirmez : « Je note d’ailleurs que ces efforts ont permis d’aboutir à une diminution nette du nombre d’évacuations et de personnes évacuées au cours des trois dernières années selon les chiffres mêmes fournis par la LDH et l’European Roma Right Center (ERRC) : le nombre de personnes faisant l’objet d’une évacuation chaque année est ainsi passé d’un peu plus de 20 000 en 2013 à un peu plus de 11 500 en 2015. » Nous considérons qu’expulser 60% de la population vivant en bidonvilles en 2015 est extrêmement élevé et ne peut constituer un aboutissement dont on peut se féliciter. De plus, il faut observer l’inutilité de ces expulsions. En effet, quel que soit le nombre de personnes expulsées, le nombre de personnes recensées vivant en bidonvilles est le même depuis trois ans. La Direction intergouvernementale à l’hébergement et à l’accès au logement (Dihal) indiquait dans son état des lieux du 15 décembre 2015 : « Sur la base des données communiquées par les correspondants départementaux de la Dihal, cette 6e enquête fait état d’environ 17 929 personnes vivant dans 582 campements illicites (39 départements concernés). Ces données restent globalement stables à l’échelle nationale. Pour mémoire, la précédente enquête en mars 2015 faisait apparaître 17 872 personnes sur 563 sites (hors « jungle » du Calaisis) ». Le nombre de bidonvilles et de personnes y résidant est stable et les expulsions qu’ils subissent sont bien « inhumaines, indignes et inutiles ». Nous rappelons que le nombre de personnes expulsées durant le 1er trimestre 2016 est équivalent à celui de l’été 2015.

- Vous concluez « Comme vous le voyez, loin des caricatures, le gouvernement mène une politique équilibrée, globale et inclusive, qui vise à résorber les campements et bidonvilles, car ceux-ci ne sauraient être une solution dont on pourrait se satisfaire, dans l’intérêt même de ceux qui y survivent. » Nous voudrions croire que cette affirmation puisse être confirmée dans les faits par la mise en place d’une réelle politique d’insertion pour ces personnes et non par l’observation d’un si grand nombre d’expulsions. Nous attendons l’expression d’une volonté au plus haut niveau de faire respecter la loi concernant l’obligation de donner accès à l’éducation, l’obligation de donner accès à l’eau, l’obligation de ramasser les ordures ménagères, l’obligation de domicilier. Pour le moment, nous sommes au regret de constater qu’il n’y a pas, à l’échelle nationale, de volonté politique de résorber les bidonvilles, mais qu’il y a une « politique du bulldozer » qui refuse que ces personnes ne vivent un jour parmi nous.

Nous réitérons la même demande, de manière inlassable : la suspension des expulsions systématiques, la sécurisation des bidonvilles et leur assainissement, la mise en place de solutions adaptées pour l’insertion des familles à travers le droit commun et ceci avant toute expulsion, pour toutes les familles et sur tout le territoire. Cette politique impulsée, coordonnée et suivie par l’Etat et les services territoriaux doit se mettre en place dans le cadre d’un dialogue permanent entre les pouvoirs locaux (communes, collectivités territoriales), les autorités régionales et nationales et les acteurs publics et associatifs actifs dans les bidonvilles.

Vous comprendrez, monsieur le Ministre, que nous rendions votre réponse et cette lettre publiques.

Je vous prie de croire, monsieur le Ministre, en l’expression de ma haute considération.

Françoise Dumont

Présidente de la LDH




jeudi 14 avril 2016

Militante infatigable des droits des femmes Maya Surduts est décédée




Communiqué LDH
Paris, le 14 avril 2016

Maya Surduts vient de disparaître

C'est une perte très grande pour toutes celles et tous ceux qui défendent les droits. Car en créant la Coordination des associations pour le droit à l'avortement et à la contraception (Cadac) et le Collectif national pour les droits des femmes (CNDF), Maya a lié le combat des féministes à celui des syndicats, des partis politiques de gauche, des associations généralistes comme la nôtre qui réclament la justice et l'égalité pour les travailleurs, les précaires, les migrants, les sans-papiers. C'est sur le terrain politique qu'elle menait le combat pour les droits des femmes, comme le droit à l'avortement, la lutte contre les violences qu'elles subissent et les inégalités professionnelles.

Inlassablement, elle marchait avec détermination en tête des cortèges. C'est elle qui portait la parole du féminisme et elle aura consacré sa vie entière à ces luttes. Au point qu'elle était devenue un symbole.

La LDH rend hommage à cette femme politique, à son courage et à sa générosité, et entend poursuivre le combat mené avec elle.



De bonnes nouvelles de Grande Synthe

Suite à la collecte de produits d'hygiène mise en place a Redon par notre section, voici la lettre d'Utopia 56. Merci à vous tous qui avaient participé généreusement. 27 colis ont pu être acheminés

Chers amis,


Utopia56 coordonne depuis le 7 mars le camp de la Linière,  construit par Médecins Sans Frontières et la Ville de Grande Synthe. Il fonctionne depuis maintenant un mois et la vie s'organise de mieux en mieux. Baraques en bois avec petits chauffages, installations sanitaires propres, distribution de 3000 repas chauds par jour, hôpital de campagne. Une laverie a été ouverte. Il y aura bientôt des cuisines collectives pour que les réfugiés soient autonomes.  Un lieu de  vie propose des activités aux enfants ainsi que des cours d’anglais et de français aux adultes. Un conseil de camp permet de travailler en harmonie avec toutes les communautés.


Utopia 56 a réussi à mobiliser de façon continue environ 30 personnes par jour et coordonne les actions sur le terrain des autres associations désireuses d'aider au bon fonctionnement de ce camp. Nous avons avec la Ville de Grande Synthe une convention qui définit clairement nos missions et nous attribue un financement en conséquence.
Nos objectifs dans les semaines qui viennent ? Pérenniser ce fonctionnement et maintenir dans le camp le calme, la propreté et la dignité. Nous avons espoir que l'État finisse par reconnaître que le problème des réfugiés en Europe ne s'arrête pas à la frontière française. Qu'il y a moyen d'accueillir les personnes qui ne souhaitent pas demander l'asile en France autrement que dans la boue et avec des lacrimos. Que le coût d'un tel projet n'est pas si élevé.
Au niveau du fonctionnement associatif, nos priorités vont être de maintenir les effectifs et d'améliorer l'accueil des bénévoles à Grande Synthe, de rendre notre site internet plus fonctionnel.
Lancée le 15 janvier, notre association est aujourd'hui forte de plus de 1400 adhérents, des citoyens qui pensent que chacun doit être solidaire face à la détresse humaine. Merci pour votre soutien. Continuez à vous inscrire pour participer à nos actions et passez le mot autour de vous. On ne lâche rien !




Grande-Synthe: l'Etat se résoud à financer le fonctionnement du camp de migrants


Le maire écologiste de Grande-Synthe, Damien
Carême, lors d'une conférence de presse à Grande-Synthe, le 2 janvier 2016

















Malgré ses vives réticences initiales, l’Etat va financer le fonctionnement du nouveau camp de migrants de Grande-Synthe, près de Dunkerque (Nord), pour un montant estimé à 4 millions d’euros par an, un revirement qui sonne comme une victoire pour le maire écologiste de la ville.
Ce financement du seul camp de réfugiés aux normes internationales en France couvrira notamment «le nettoyage des sanitaires, le gardiennage 24 heures sur 24, la médiation sociale et la sécurité», a affirmé Damien Carême, maire (EELV) de Grande-Synthe, au cours d’une conférence de presse.
La décision a été prise «conjointement par Bernard Cazeneuve et Emmanuelle Cosse, qui y a toujours été favorable», a réagi auprès de l’AFP l’entourage de la ministre du Logement, précisant que tous les deux «vont se rendre prochainement à Grande-Synthe».
Les fonds seront «pris sur les crédits du ministère du Logement pour l’essentiel», a détaillé la même source. Selon le ministère de l’Intérieur, «une analyse budgétaire fine est en cours» et il est prématuré de parler d’un coût de 4 millions.
En revanche, l’État ne devrait pas prendre en charge les quelque trois millions d’euros d’investissements de Médecins sans frontières (MSF) et de la communauté urbaine de Dunkerque pour la construction.